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dimanche 2 décembre 2007

Ontologie

Depuis quelques temps, je croise ces hommes blessés. Oh, je sais bien. L'évolution de notre société rend leur blessure banale. Les femmes ont remporté bien des batailles. Il faut des dommages collatéraux dans chaque bataille. Moi-même…

Leur douleur, leur deuil nécessaire me transperce. Je n'ai pas pitié. J'ai mal. Et comme à chaque deuil, le besoin de se sentir vivante est si fort, si intense. L'envie me ronge de tout donner pour alléger cette peine, l'espace d'un instant, d'un frisson, d'un moment de folie ou d'abandon.

Je n'ai pas pitié.

Loin de là. Le souvenir me vient de celui qui le premier me révéla cette douleur. Et ils me ramènent à ma question première. Encore et toujours.


Ontologie

Mademoiselle Isabelle est une coquine mutine. Ecolière dans un établissement de la rue d'Ulm, elle porte bien ses 20 ans et ses jupettes. Elle me parle des heures des grand auteurs, des philosophes. Je l'écoute en bavant. Ses petits seins se dressent quand elle me détaille les élucubrations des dadas. Sa lèvre devient luisante lorsqu'elle me parle des poètes, citant Heidegger.

Elle a du mal à apprendre ses leçons. Je suis donc attentive à lui faire réciter. Son petit derrière, bien charnu, posé sur un coussin de soie prune qu'elle va chercher consciencieusement dans le placard, lorsqu'elle vient me voir pour les heures de soutien scolaire. C'est une bonne élève. Je flatte beaucoup plus que je ne corrige. Mais c'est une coquine. Elle fait parfois semblant de ne pas savoir. Alors je lui confisque ses jouets. Elle boude. J'aime bien aussi.

Je la regarde se trémousser sur la soie. Relever ses petit petons, les croiser, les décroiser. Faire de petits battements d'avant en arrière. Peu à peu, par l'entrebâillement des gambettes agitées, j'observe les petites perles que produt sa candeur lorsqu'elle cherche à comprendre pourquoi être libre, c'est avant tout être libre de soi même. L'authentique, le vrai, dans une société, une culture dont les codes imposent le factice, le paraître. Que seuls les forts atteignent la vérité.

Alors, je vais recueillir cette rosée, des doigts et à pleine bouche, et j'essaie d'expliquer que dans la recherche de l'esthétisme suprême, l'authentique qui se veut transcender l'ordinaire et le quotidien de la vie est illusion s'il est réservé aux forts. La faiblesse a ses grandeurs. Et qu'Anna A. bien qu'elle ait tout mon respect, me gave avec ses exigences. Qu'il nous faut songer à plus de fraternité.

L'écolière m'abreuve de références et de liqueur mielleuse, elle est combative, comme on l'est à 20 ans. Je suis subjuguée.

L'un de professeurs de mon écolière s'intéresse à elle. Il lui donne quelques cours particuliers en supplément d'un programme déjà fort chargé. J'en conçois quelque irritation. Je n'aime guère ses façons. Il ne me plait guère de trouver ses appréciations marquées sur sa peau lorsque j'explore les monts et les valons.

Professeur de mathématiques, S. a une passion pour un jeu un peu complexe où les pions sont blancs et noirs, se retournent à chaque coup, sur un damier, dans toutes sortes de combinaisons. Il réunit des champions de ce passe-temps qui me laisse perplexe. Mademoiselle Isabelle est de la graine de ces champions. Littéraire peut-être, mais les combinaisons multiples, elle apprécie. Elle m'entraîne donc dans ces réunions. Belle occasion de dire à l'importun mon irritation.

Je prétexte mon ignorance du calcul d'un ratio d'actuariat fort complexe pour le coincer dans un recoin et lui glisser à l'oreille mon courroux. Il en devient rouge de confusion. Me regarde d'un air étonné. Il ne fallait pas, ses yeux plongent dans la tempête qui m'anime et s'y perdent.

Pendant quelques temps, nous donnerons ensemble à Mademoiselle Isabelle bien des heures de soutien qui lui feront passer brillamment l'examen de fin d'année. Une élève attentive fait se sublimer les professeurs d'une exquise façon. Avant d'aller vers d'autres pédagogues.

Pour ma part, je persiste à me faire expliquer des formules dont je n'ai que faire. Il finit toujours par m'en donner la résolution en grandes arabesques sur mon dos, mon ventre, mes cuisses, parfois même … sur un visage extatique.

Entre deux démonstrations, il essaie de me battre à ce jeu pour grands gamins. Il ne peut pas. Je triche.

Allongée à côté du damier, indolente et en sueur, j'examine les pions, les triture. Pensive, je les mordille puis m'en caresse le cou, la gorge. Parfois une irritation soudaine m'oblige à gratter de la tranche du petit rond de plastique le sillon dessiné par mes seins. Petit geste spontané et vulgaire, convenez- en, qui me couvre de honte.

Je pose alors le pion, que je ne pourrais plus toucher, selon la consigne de ce jeu lassant, parfaitement au hasard, souvent là où je n'ai pas le droit. Il s'irrite. Décidément, je ne veux pas apprendre les règles !

D'autres fois, un genou replié, décontractée, je prolonge ma réflexion au-delà du temps imparti. Plutôt que de se concentrer sur la prochaine combinaison, son regard explore le mont, la vallée découverte, les cratères qui peu à peu palpitent et se réveillent.

Je vous l'ai dit : je triche.

Il me suffit alors de quelques pions et je gagne la partie. Il s'agace. Je lui répond innocemment : "Chance des débutants". Il arrive que ma mauvaise foi le fasse rire, mais le plus souvent … les pions viennent se ranger dans un fourreau chaud après avoir agacé deux collines bombées, un petit piton de lave nouvellement dressé, une gorge étroite dont l'accès est réservé à d'habiles explorateurs car la vallée qu'elle cache renferme bien des délices.

Mon professeur est un bon explorateur. Indiana Jones à côté… à peine un louveteau remportant son premier badge. Quoique, à la réflexion, le bel Harrison -soupir- Mais je m'égare.

Bref. Amant charmant et délicat, mon professeur n'en est pas moins homme et géniteur.

Un après-midi de détente, je le sens irrité, en apparence sans raison valable. Le damier vole à travers la pièce. Pour les défaillances, j'ai beaucoup d'indulgence. Pour la colère gratuite, pas vraiment. Je suis impitoyable.

A ma grande surprise, il va se cacher dans l'angle et frappe du poing sur le mur de telle force qu'il y laisse une trace rougie.

J'exige une explication. D'abord trop fier, il cède. Révèle la fêlure. Alors j'entoure, j'enveloppe, je contrains l'homme à s'abandonner à la douleur qui lui tord le ventre. A la profonde tristesse, l'absence, le vide qu'il porte avec lui. Éloigné de ses enfants par une femme aussi cupide que cruelle. Ecarté d'eux par une justice aveugle et insouciante.

La douleur des hommes loin de leurs enfants est insondable.

Pour celui qui ne lira jamais ces lignes, pour celui qui loin là-bas s'est réfugié au cœur de la forêt parmi les bêtes, loin des jeux de pouvoirs insignifiants de femmes entêtées. Ou de celles insouciantes qui donnent à aimer un enfant d'un autre, puis reprennent.

Et pour toi que je connais à peine, me vient une pensée si douloureuse qu'elle me fait pleurer.
Je me demande comment Joseph fut accueilli par son fils au paradis. Et quel être suprême peut avoir si peu de cœur pour avoir enlever un fils à son père. Pourquoi créer pour donner à souffrir autant. Pourquoi être ?

Pour l'explorateur charmant, pour vous, j'aime les hommes et m'astreint, avec délice, à leur donner du plaisir, des plaisirs multiples et variés. Tous cela doit bien contribuer à améliorer l'aura de cette planète et à apaiser un peu votre âme blessée.

Au fait, je suis une coquine, assurément insatiable. Mais mon questionnement ne s'arrête pas :

« Pourquoi il y a l'étant et non pas plutôt rien ? »

Un petit cours de soutien pour comprendre Heidegger ?

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Je sais, ce texte sans queue ni tête vous laisse perplexe. Tant mieux !

Il est à multiples interprétations. Celui qui saura comprendre ce qui se cache derrière la dernière phrase... gagnera beaucoup. Peut-être.
B


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