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lundi 21 juillet 2008

L'Etang de la Minière - Sans dessus dessous




Ils se sont glissés dans une des alcôves du pub ; il n’est pas encore assez tard pour partir ont-ils convenus. Maudites longues journées d’été a-t-elle pensé, impatiente.

Pourquoi donc lui a-t-elle donné rendez-vous si tard ? Elle est en colère contre elle-même, oubliant qu’elle a pris le temps de se faire belle, nette et douce pour lui toute la journée, qu’elle a couru d’un rendez-vous à l’autre pour s’occuper l’esprit. Qu’à penser à ce soir, elle a eu chaud, puis froid. Qu'il lui a semblé que ses pas étaient légers et si rapides, et les files d'attentes si longues.

A peine la conversation entamée, il prétend qu’il a un cadeau pour elle, mais a-t-elle respecté ce qu’il lui a demandé ?

Le rouge aux joues, elle a plissé ses yeux rieurs. Il a adoré. Elle d’abord si hautaine, si distante, comme d’habitude si timide les premiers instants, vient d’abolir le temps et l’espace d'un plissement de ses yeux verts qu'il redécouvre, dans lesquels il plonge encore et encore.

Pourtant il y a encore la table entre eux. Il se penche, passe les bras sous la table, et demande s’il peut…

Elle refuse de répondre. Coquine, elle serre les lèvres avant, légèrement, de les humidifier du bout de la langue, elle se mordille un peu la lèvre inférieur mais son demi-sourire maintenant espiègle en dit long.

Il regarde autour d’eux et finalement, il n’ose pas.

La conversation s’allonge de silences, banales retrouvailles de deux amants qui ne peuvent s’afficher dans ce lieu où on les connait l’un et l’autre.

Et puis il se décide, il ne peut tenir, il lui tend son cadeau. Elle lui jette un regard étonnée, saisisant l’informe chose en tissus de coton qu’il vient de glisser dans sa main . « Tu aimes les jeans à même la peau, n’est-ce pas. Alors je l’ai retiré pour toi. »

Lui si élégant, si soigné. Un flot d'émotions la fait tressaillir.

Elle change de conversation, vite. Enfoui l'objet dans son sac au côté de l'autre plus fin, de soie et dentelle. Alors que le sang pulse dans son cou et que la chaleur darde ses seins.

Il est temps. Le crépuscule tombe. Ils ont trop retardé le moment, ils partent. Elle marche et le vent passe sous sa longue jupe, divin souffle de fraîcheur sur la peau nue et chaude.

Lorsqu’il a ouvert la porte du coupé, elle a cru que sa main allait… mais non, il s’est juste un peu incliné galamment.

Assis à son tour, il n’a rien dit pendant un long moment. Puis il a saisit sa main qui s'attardait sur le col de sa chemise, tenant de caresser sa nuque, pour la poser sur sa ceinture. Elle a repensé au cadeau. Son vagin s’est mis à bouillonner. Elle a eut un petit rire carnassier.

Ils ont échangé un regard alors qu'elle se laissait un peu glisser en faisant crisser le siège de cuir. A un feu rouge, n’y tenant plus, il a soulevé d’une main la longue jupe tandis que de l’autre, il est parti explorer. Sans gêne, elle a écarté les cuisses et soulevé un peu ses reins.

Hummmm –a-t-il fait. Il a repris le volant, fait un petit écart. Puis à voix basse et voilée :

« Merci. »

« Merci pour quoi ? »

« Merci de tenir ta parole, merci de m’inviter ainsi dans ton intimité. Merci d’être joueuse et d'être toi».

Elle a souri, retirant un à un les boutons de la braguette.

« Combien de kilomètres encore ? »

« Une dizaine ... mais j’ai découvert un joli endroit, quoiqu’il fait bien sombre à présent pour profiter de... Enfin c’est isolé, et ... l’on pourrait... peut-être... s’y arrêter ?»

Elle ne répond pas, trop occupée.

***
Il y a sur une route de banlieue, à une vingtaine de minutes de Paris, un lieu appelé Etang de la Minière, bien sombre et isolé, pour les amants impatients.



B

dimanche 9 mars 2008

De la sodomie - Madame Caroline fait cours de tendresse et de lubrifiant...

Avant-propos

Je m'adresse ici aux femmes essentiellement. Messieurs, chers lecteurs, je vous tiens tous pour gentlemen, amants gourmands, parfois un peu vicieux, mais juste le nécessaire. Donc à la rigueur, lisez seulement le petit texte à la fin (comme je connais quand même votre goût non avoué pour les magazines féminins... je sais fort bien que vous lirez tout).


Je ne suis ni moralisatrice, encore moins hygièniste, ni experte en sexologie de comptoir. Je laisse aux gays le souci d’exprimer leurs avis sur la question, si ça leur chante, et en la matière j’ai assez de discrétion pour ne pas harceler mes amis sur leur ressenti.

Les ados, passez votre chemin, je n’ai pas vocation à la pédagogie. Je ne m’adresse qu’aux adultes hétéros consentants. Voir bi, j’ai l’esprit large (et pour ceux que ça intéresse, si j’ai l’esprit large mon cul n’est toutefois pas un boulevard).

C’est si je veux ! ou pas…
OUI, mille fois oui. Les filles si vous ne voulez pas, n’appréciez pas, si lui n’a pas envie… rien n’est obligatoire. Il n’y a pas de check-list pour décoller vers le nirvana, pas de mode d’emploi et recettes imposées. Pas de menu fromage et dessert compris. Il faudrait faire ci et ça, comme ci et comme ça, parce que c’est la mode ? Hey ! Réveillez vous ! Jouissons sans entrave mais ne subissons pas de nouveaux conformismes. Bref, prenons à la carte.


Et si votre amant n'aime pas... oui, ça arrive, passez à d'autres jeux !

Cadeau
Gniiiii ??? Mon cher Valmont, dès les premières caresses échangées, c’est cadeau. Qu'est-ce que c'est que ce piège de penser qu'une belle et bonne sodo est extra-ordinaire ? Donc un truc à valoriser. Mesdames, prenez un instant de médiation et souvenez vous la dernière fellation qui ressemblait plutôt à une exploration profonde de votre oesophage. C'était pas cadeau ?

Tabous, interdits et transgressions
La sodomie est encore interdite par la loi dans certains Etats. Cela reste un tabou dont toutefois on se joue là et ailleurs avec beaucoup d’hypocrisie, notamment lorsqu’il s’agit de se marier encore vierge, preuve à l’appui.
Et fort heureusement, cela reste un tabou.


J’ai beaucoup de compassion pour ceux qui s’affichent « sans tabou », grands menteurs ou grands malades à mon avis. Et de façon très amusante, souvent les premiers à ajouter immédiatement « avec certaines limites, ne pratiquant pas ceci ou cela ». Ah oui ??? viens par ici mon petit agneau. Je faire te faire pleurer ta mère… non mais !
Dans un autre ordre d’idée concernant les tabous, j’ai eu un compagnon très inventif, pas avare d’explorations et d’idées soft ou hard, qui se volatilisait une semaine sur cinq. Agacée, puis franchement vexée, j’ai fini par comprendre… les tabous des uns ne sont pas toujours ceux des autres, l'important c'est d'en parler, de communiquer. Je reviens sur ce point plus loin.
Un dernier mot, on dit souvent ici ou là, que pour la dame, un bon moyen de refuser serait de proposer au gentilhomme d’y passer… mais les gentlemen ne sont plus ce qu’ils étaient (le furent-ils jamais, n’est-ce pas mes mignons ?) et la dame s’expose ainsi à quelques surprises, pas forcément désagréables mais faut assumer !

Humiliation et jeu
Il y aurait beaucoup à dire… ça risque d’être trop long. Passons au point suivant.


Hygiène
[Bri, ne sois pas prude… le jeu en vaut la chandelle si l’on peut dire] Ok. De nos jours, on a déjà du mal à enseigner aux gamins à se laver les mains… alors pensez, leur dire comment se laver, s’essuyer correctement et qui plus est lorsqu’il s’agit de faire crac-crac. Bon, je crois mes lecteurs fort bien informés mais quand même. L’un contre l’autre, en duo, en trio, avec brio… soyons propres certes, sans excès. Laissons les lavements aux joyeux lurons du bdsm.
Mais n’oublions pas que mettre les doigts partout, et plus si affinité, faire des allers-retours et des détours demande un peu de précautions d'avant et après, et l'usage du savon, même entre personnes parfaitement saines et qui se connaissent depuis longtemps.

Les petites choses indispensables
Là où il y de la gène… Nous vivons au XXIè siècle ! Non, les filles vous ne passerez pas pour des chaudasses filles de mauvaise vie en mettant avec une relative discrétion peut-être mais bien en évidence gel en plus des préservatifs.

Pareil pour les garçons. Cette attention ne devrait pas effrayer la dame mais au contraire la rassurer. Ou alors vous vous y êtes pris comme un manche.
Le plaisir reste un jeu, y incorporer ces petites choses avec [doigté] virtuosité en fait partie.
Euh… pour les sextoys cachés ou exposés, je n’ai pas d’avis. J’suis pas le Dr Ruth. (Mais leur usage aussi participe au mieux être et au jeu.)

L’après
Même si nos histoires parlent souvent de l’avant et pendant, force est de constater que l’on reste discret et pudique sur l’après. Parce que là, nous affrontons l'intime.


L'intensité donnée dans les gestes, les mots, parfois le simulacre de violence ou d'humiliation, tout n'a été que jeu et partage, complicité et sensualité. Il faut savoir terminer la partie en beauté.

Moments parfois de grand désarroi et de grande solitude. C’est dans l’après, dans les petits gestes rassurants, les attentions, que s’apprécie aussi, peut-être surtout, la complicité de s’être ainsi donnés l’un à l’autre. Enfin, c’est mon point de vue et je le partage.

Discutons, communiquons
Papoter, papoter… enfin c’est selon. Il y a je l'ai dit, une part de jeu dans le refus, voire une envie de se laisser contraindre pour l’une, de vaincre pour l’autre.


Il me semble important de savoir écouter aussi le langage du corps, le respecter. Y compris son propre corps, et celui de l'autre.

Mais peut-être est-ce le regard qui en dira le plus.
Le regard me dit Marie-Chantal… je ne suis pas contorsionniste !


Bien qu’il soit bon de se laisser emporter par le feu de l’action, il est aussi fort agréable de prendre le temps de s’échanger quelques regards [obscènes] tendres. Ainsi, je me permets de signaler, même aux inconditionnels de la levrette, que des variantes existent, l'étoile par exemple... euh enfin à vous de découvrir.

Bref, pour trouver une certaine harmonie, la partition se joue ou s’improvise à deux.

J’arrête…. Ca va devenir ennuyeux. Les deux lectrices (lecteurs ?) qui ne se sont pas perdus aux détours de cet exposé auront donc droit à la petite histoire.

Madame Coroline fait cours de tendresse et ... de lubrifiant

Dans le cul c'est pas dégoutant.

Madame Caroline est une bourgeoise bon chic bon genre qui s'est trouvé un nouveau passe-temps pour réunir ses copines. Madame Caroline vend des joujoux pour les femmes en réunion, elle n'y invite pas les garçons.Un jour elle nous étale, ses petits cônes, ses canetons, ses petites lingeries coquines à trous en dentelle et en latex, ses flacons tout mignons.

Elle détaille les petits objets.

Mesdames et oiselles, celui-ci vous pouvez vous le mettre dans le con pendant que Monsieur, par derrière, vous pigne gentiment l'oignon.

Marie-Chantal proteste. Ah non, dans le cul c'est dégoûtant !

Alors Madame Caroline, prenant un flacon, nous dit doctement.

Non, dans le cul ce n'est pas dégoûtant. Mais souvent si vous voulez aider la chose et que vous êtes un peu sèches, j'ai un remède pour votre époux, votre amant.

Voyez-vous pour moi, la première fois que je me la suis fait mettre dans le cul, ça a été renversant. On était une bande de potaches, on avait à peine 20 ans. On révisait tous ensemble les partiels. La fatigue aidant, un à un les étudiants sont partis à travers la ville, chercher un repos reconstituant.


Je suis restée seule avec un ami persévérant, il voulait absolument la moyenne en droit constitutionnel, il avait manqué une partie du semestre. je détestais la matière. On se faisait réciter l'un l'autre, en se donnant des gages gentiment, pour vaincre la fatigue sans stimulant, on n'était pas des adeptes. Une sorte de strip-poker intello. Une chose en entraînant une autre, -je te pince le nichon si t'as pas la réponse -tu sais pas ? Enlève moi ton t-shirt, ton boxer, on rigolait bien.

On a fini sur le tapis, tendrement rapprochés enlacés, nus comme des vers, sauf les chaussettes, on était très pudiques. Innocents et chastes, on ne pensait pas à mal.

On s'échangeait le gros bouquin, qui restait entre nous.

Il me pose une question ardue. Je n'ai pas la réponse, lui à court de gage me dit : Maintenant, je t'ai embrassé la motte, tu m'a léché les couilles, enfin… léché… t'as pas vraiment insisté, c'était plutôt un bisou. Soit tu me suces, soit je te mets un doigts dans le cul ! Allez cherche encore, rappelles-toi !

Pfffft, t'oseras jamais. Et je crois que je sais, la réponse est …

Nan, nan… tu t'es plantée !

Je lui prends le bouquin, me retourne.


Vas-y ! et je t'interdis de regarder le bouquin par-dessus mon épaule.

Un moment d'hésitation... Euhhhhh en fait, non parce que, dans le cul… enfin… c'est dégueu !

Le pleutre !!! Je ricane.

Très bien, je te dois un gage. Si tu réponds à celle-là, tu m'encules. Sinon, c'est moi qui te mets un doigt et qui te suce.

Regard affolé, le pauvre jeune homme. Je cherche, je cherche, une question bien difficile.

Enfin je trouve. Je pose la question. En fermant le livre.

Silence… Ah ah ah… tu ne sais pas.

Non, c'est toi qui triches. De toute façon, je suis gagnant dans les deux cas. Je ne joue plus.

Je triche, je triche ! Pas vrai. Avoue que tu ne sais pas la réponse. Avoue le.

Nouveau silence. Je remue un peu du popotin.

Écoute je veux bien… enfin, je veux bien par devant, mais …

Je le regarde, son érection est maintenant bien évidente.

Non ! T'as peur ! Pffft ... il faut respecter le gage. D'ailleurs moi j'adore ça, un peu de lubrifiant et zou ! Je vais cherchez ça.

T'es folle. Ecoute ! C’est NON. Je reviens de 6 mois au Club M*d, j'ai été G.O. Toutes les nanas que je me suis tapé, dans le cul, parce que... , ou à cause du mari, ou les fausses vierges… j'avais l'impression d'être un trafiquant de lubrifiant, de préservatifs, t'achètes pas ça avec les boules du collier... L'impression aussi d'être un god ambulant. Je suis peut-être pas bien monté mais j'ai de l'endurance, elles se passaient le mot, faisaient des concours. Certaines n'avaient même pas la décence de se préparer un peu, de se laver. Remarques, je m'en moquais... . J'ai pas peur, je suis juste dégoûté.

Je réfléchis. Je lui dis d'une voix douce : Mais moi, j'ai envie.

Hey ! je suis pas le bon ami qui te rend service ! t'abuses là.

Moi, un ton encore plus bas : En fait, jamais fait. Mais, quand parfois, il me met un doigt, c'est encore meilleur. Alors, je voudrais savoir. Apprends-moi. Redécouvre avec moi. Puisque tu as déjà fait, si t'es doux, c'est mieux qu'avec un autre qui voudra juste me prendre comme ça. Non ?
Et je change de ton : et puis j'en veux de ta queue !!! non t'es pas mon pote, je la veux. Et tu me dois ce gage !

Il me regarde attentivement, prend un moment puis récite par cœur la jurisprudence demandée. En ajoutant : mais tu as triché, ça, il nous l'a donné seulement dans le cours, c'est pas dans le bouquin.

Il s'est couché doucement sur moi, m'a caressée, embrassé la nuque, j'ai fondu comme un marshmallow sur une pique.

Quand j'ai été très moite, il s'est imprégné la queue de mon jus, a rajouté sa salive. Il m'a pénétrée tout doucement, lentement. Sensation nouvelle, étonnante, brûlure et en même temps éblouissement.

Il s'est retiré, est parti dans un coin. Désolé, je ne peux pas, trop d'images. Ca me rend méchant. Je vais te faire mal.

Je t'en prie, c'était bon, nouveau. Oui, ça fait un peu mal. Mais faire l'amour simplement aussi, parfois. Et j'ai aimé, ça confirme ce que je pressentais. Reviens, montres moi encore. Et je te les ferais oublier.

Je suis allée le chercher. A nouveau enlacés, tendrement collés. Doucement, puis … et puis, la position, son souffle, mon attention, nos mots mêlés puis tus, le dialogue de nos mains, sa retenue et en même temps, la tension, quelque chose s'est débloqué chez lui, chez moi.

On a découvert, même lui, comment faire en étant en harmonie, comment s'arrêter lorsque l'autre ne peut plus, quand se laisser aller à ruer du cul pour qu'il aille plus profond, quand se maîtriser pour qu'elle revienne s'enfoncer d'elle-même.

Quand enfin se libérer des entraves. On a été emportés.

Sous la douche, on est redevenu des gamins pudiques mais consciencieux. Et puis il s'est endormi sur mon dos et en me disant doucement : merci.

Madame Caroline arrête son récit, la bouche sèche. Regarde son audience. Les jambes de certaines sont désormais un peu écartées, les autres au contraire fortement croisées. Une dame en tailleur pantalon a mis ses deux mains au chaud dans son entrejambe. Les bouches entrouvertes, ou au contraire qui se mordent. Toutes ont le regard un peu perdu.

Marie-Chantal ouvre la bouche.

Madame Caroline l'arrête de la main. Je n'ai pas fini. J'ai dessiné ce flacon et je nommé le produit Go ! Go !G.O.

Alors Marie-Chantal s'exclame, d'une voix de gamine :
Madame, Madame, j'en prends 5 !!!

B

vendredi 29 février 2008

Initiation

Toute ressemblance dans la première partie du récit n'est pas fortuite.
Mesdames... lisez jusqu'au bout, une photo d'un homme vous attend, vous qui êtes l'objet de sa vénération...

Partie 1

C'était il y a bien longtemps, j'avais entrepris de faire un petit tour d'Europe. Un type rencontré dans un lieu improbable de beuverie et de fornication m'avait invité à Paris et proposé de garder son appartement quelques temps en son absence. A Paris, il y a beaucoup de cambrioleurs.

Il m'avait montré en partant un curieux petit terminal, un minitel que ça s'appelait. Là-dessus on pouvait se brancher sur des forums et faire des plans cul à souhait.

Il y avait surtout des poufiasses mais ça me gênait pas, je les aimes toutes. Et puis il y a eu aussi cette femme, avec laquelle j'ai d'abord correspondu quelques temps. Elle m'a définitivement marqué. Au propre comme au figuré. Son profil était troublant mais ce qu'elle cherchait ne m'intéressait pas. Trop… wird.

Comme j'avais eu l'idée de lui dire quand même qu'elle écrivait bien, nous avions engagé la conversation virtuelle. J'avais le bonheur de lui plaire parmi tout cet assemblage de parfaits abrutis qui croient qu'on y trouve des princesses étiolées ou des garces à baiser facilement.

Elle m'appelait aussi au téléphone, pour parler de tout et n'importe quoi, en anglais ou en français, de sexe d'une manière si libre que s'en était délicieux et aussi m'apprendre les mots, les usages pour draguer les parisiennes si peu libérées, rien vraiment entre nous.

Parfois d'une voix si lasse mais tellement langoureuse que j'en avais des frissons.

Un jour où je l'agaçais un peu trop, elle m'a proposé une rencontre, sous des conditions bien précises. Je devais acheter quelques objets et l'attendre à demi-nu dans la pénombre, un bandeau sur les yeux. Je n'étais pas emballé par l'idée mais elle avait une voix si douce et si rauque, et par ailleurs des mots si enivrants que je me doutais que le jeu serait différent.

Peut-être se donnait-elle une excuse pour venir baiser avec un jeunot.

Je l'entendais donc dans l'ombre et aveuglé. J'avais seulement demandé à toucher son corps en trois points avant d'aller plus loin.

Elle a sonné, j'ai ouvert la porte et senti le froid sur ma peau. J'ai tendu la main qu'elle a pris dans les siennes. Elle l'a posée sur le velours de sa joue, mon pouce sur ses lèvres entrouvertes et humides. Avant que je puisse m'y glisser, elle a repoussé ma main vers son sein. Elle l'avait promis lourd et ferme. Elle n'avait pas menti.

Pétrissant la chair, l'odeur suave de sa chaleur mêlée à une brume de roses m'a envahi.

Ensuite, sa hanche. Elle m'avait prévenu, sa dernière et récente grossesse avait posé là quelques kilos qu'un divorce pénible n'avait pas encore permis d'effacer.

Je remonte ma main vers la taille cependant bien prise dans un corset de cuir lacé.

Mais elle me repousse brutalement et attend.

Alors déjà vaincu et pour la satisfaire, elle, je baisse la tête, indiquant la chambre de la main.

Elle m'entraîne et me guide vers mon antre seulement éclairé de quelques bougies odorantes qu'elle a exigées. Au bout du lit j'ai aussi disposé ces curieux objets qu'il m'a fallu aller chercher à travers Paris, derrière le rideau rouge d'une boutique au néon sordide d'une petite rue glauque, chez un maroquinier spécialisé d'un quartier luxueux, le cœur pulsant, un peu honteux. Mais aussi animé de la folle volonté de relever le défi obscène.

Une grande plume rouge (pourquoi rouge ? vicieux et amusant)

Un battoir (que j'ai pris un malin plaisir à choisir moche et imposant)

Une cravache fauve. Là, l'indication était précise. Chère. Bel objet.

Mais elle me laisse au centre de la pièce et me demande…

Sa voix douce prononçant des mots si vulgaires et pervers tisse inexorablement autour de moi un cocon infernal.

… de tourner sur moi-même pour me montrer. De très lentement comme une putain, ôter mon pantalon. De croiser mes mains sur ma nuque, de cambrer le cul, d'exposer…

Aucun souci. Je n'ai pas menti non plus. Je suis athlétique, les épaules larges, le ventre bien dessiné, les fesses fermes.

Et surtout elle peut constater déjà l'effet qu'elle me fait.





Mets toi en position !
L'ordre claque et je frissonne. A tâtons, je cherche le bord du lit, m'agenouille, la tête sur mes bras.

Choisis ! que veux-tu que j'utilise ?

Son ton est devenu dur et je commence à paniquer. Le battoir est impressionnant, je sais qu'elle n'osera pas, que c'est pour rire et qu'elle me prendra enfin dans ses bras.

Alors je le choisis et lui dis de la voix basse et vibrante qu'elle m'a avoué aimer, elle ne pourra pas résister. Je l'entend approcher. Crissements de la soie, le frottement de ses cuisses. Puis le silence. Seulement le sang qui bat dans la tête, et les vagues dans le ventre.

J'attends, certain qu'elle détaille mon dos, mes cuisses puissantes et qu'elle les veut, d'ailleurs son odeur nouvelle ne ment pas.

Tu es prêt ? Le ton est toujours cruel et là je flippe vraiment. Et je sens sur mon dos la pointe de sa chaussure peser, puis le talon s'enfoncer.

Le déclic.

Je suis à nouveau calme, tendu mais désormais totalement attentif à tous ces signaux qui envahissent mon corps.
Monde de sensation tout à fait nouvelles.

Je m'attend au pire et j'espère le pire.

De longues minutes… ou peut-être n'était-ce qu'un instant. Craquements du cuir de son vêtement… que fait-elle ?

Et je sens sur mes fesses la douce caresse de la plume qui déjà me fait gémir.

Un peu déçu quand même. Mais je l'avais devinée. Elle.

Encore un long moment à ne sentir que la caresse légère et chatouillante, peu à peu saisi, tremblant d'impatience.

Un claquement vif dans l'air soudain.

Arrête de gémir ! Sinon je m'en vais !

Je mords mon avant-bras. Je dois rester patient. Elle appuie le petit bout de cuir replié qui termine la cravache dans le creux de mon dos, insistant pour que je le creuse encore. J'écarte un peu les genoux et prend une pose désormais bien trop suggestive à mon goût.

Mais je connais l'effet de mon corps sur les filles, d'ailleurs je ne sens que le bout de cuir replié qui termine la cravache qui explore mes fesses, caresse les couilles dégagées, s'insinue juste en peu dans l'anus révélé. Je sais qu'elle ne tardera pas à y mettre le doigt pour m'envoyer si haut que j'en oublierai ce pari finalement si ordinaire.

Un claquement, une brûlure puis deux, trois… ici, là partout et n'importe où la cravache s'abat sans discontinuer, le dos, les fesses, les hanches, les cuisses, tout se met à brûler. Elle est folle !

Je sens mes larmes couler. Qu'elle arrête, qu'elle arrête son délire. C'est insupportable.

Mais je continue à mordre mon avant-bras et subis sans protester.

Les coups se font plus précis désormais. Alternant sur les parties rugueuses peu sensibles puis sur d'autres vulnérables. Envoloppé dans les claquements, les brûlures, m'étouffant dans la saveur salée des larmes...

Si elle frappe encore sur les couilles, je sais que je vais exploser. Mais les coups libérateurs ne viennent pas. Sa chaussure s'en va.

Allonges toi sur le ventre !

Je cède encore. Alors avec une infini douceur, elle étale sur mon dos, mes cuisses, la lotion qu'elle avait réclamé. Enfin elle me demande de me retourner.

Je bande si dur, j'attends qu'elle vienne se planter. Mais elle l'attrape l'anneau qui en décore le bout, clé de bien des plaisirs partagés.

Branles-toi sur ma main !

Sa voix est rauque. J'obéis en la suppliant de venir. Pour toute réponse, elle fait couler sur mon corps des petites gouttes ou de longues traînées de cire chaude. Je commence à faire le mouvement et sens la paume de sa main qui se place au bout de mon gland.

Sur elle, je bute à chaque geste.

Je ne veux plus que ça s'arrête, elle me guide de la voix, précise. Alternant les rythmes pour stopper et relancer. De temps en temps à travers le bandeau je perçois un éclair, je sais qu'elle prend des photos avec le jetable qu'elle m'a réclamé. Lorsque je sens que je n'en peux plus, je lui demande la permission de venir.

Non, ne jouis pas.

Elle pose délicatement alors sur mon méat sa langue, recueille une goutte de sperme qui perle déjà. Je bloque tout. J'attend la caresse libératrice qui va m'envoyer dans la stratosphère.

Mais elle me demande où est la salle de bain. Je lui réponds en bredouillant.

J'entends ses pas qui s'éloignent puis fortement claquer la porte d'entrée.

Pendant quelques jours chaque matin dans la salle de bain, j'ai observé sur mon corps les traces de ces instants. Obstinément sous la douche, j'arrachais la croûte qui se formait sur mon avant-bras, là où j'avais tant mordu.

Ça a fini par s'infecter. A gonfler. J'ai dû aller aux urgences. J'ai dit à l'interne que j'avais été mordu par un chien que je ne connaissais pas.

Un médecin est venu pour me faire une piqûre. J'ai enlevé mon t-shirt. Il a regardé mon dos sur lequel le triangle et le point de la chaussure étaient encore imprimés, puis sur mon torse les points, les traits qui s'effaçaient. Il a réexaminé mon bras. Puis a jeté d'un geste de mépris la seringue dans l'évier. Monsieur, vous me faite perdre un temps précieux. L'infirmière va mettre de l'alcool sur votre bobo.

Partie 2

Elle, l'ai cherché sur tous les forums, j'écrivais des suppliques, des colères, des déclarations enflammées. Je laissais sur son répondeur des demandes impérieuses. Un jour, la ligne a été déconnectée. Je ne l'ai jamais revue. Je n'ai jamais refais ça.

Lorsque je me suis marié, j'ai oté l'anneau.

Aujourd'hui encore, lorsque j'entend une intonation rauque, au téléphone, restaurant, n'importe où, je me prends à espérer. Mais nous ne vivons pas sur le même continent.

Alors je cherche sur le net, des sensations, des frissons. Souvent assez décevant.

Ces jours là quand je rentre au logis tard le soir, dans la maison endormie, où les bruits d'enfants se sont tus, je m'enferme dans mon bureau. Je vais chercher caché parmi les vieux dossiers une pochette, et je regarde en méditant les photos.

Puis je vais dans la chambre retrouver ma belle endormie. Je soulève la couette, et contemple mon tout, ma vie, mon monde, mon univers absolu et secret. Nue sous sa nuisette remontée haut sur son dos, à plat ventre sur le lit, les jambes un peu pliées de côté, elle m'offre la vue de son intimité vénérée et sublime, la seule qui m'enchaîne à jamais désormais.

Alors doucement je l'attire sur le bord du lit, je la réveille tendrement. Je jette un dernier coup d'œil sur la cicatrice de mon avant-bras. Ces soirs là, les étreintes conjugales sont longues et magistrales.

(12/2007)B

Merci à P. pour les photos d'illustration. Elles restent sa propriété et ne sont pas utilisables librement...
Et, pour vous Mesdames... puisque vous me lisez aussi, cadeau :



jeudi 24 janvier 2008

Demande

De sa voix grave, d'abord posée puis rapidement si fébrile, parfois moqueuse, parfois rieuse, puis peu à peu ramenée au calme par la mienne :

Madame, j'aimerais continuer cette conversation à genoux.

(...)




(C) Angelika Schreiber

mardi 11 décembre 2007

Collection Harlequin, tout un monde d'évasions.



Il m'a balancé tout à trac : textes trop longs... pas envie de m'encombrer l'esprit... plus tard, je commenterai... Et bien tant pis. Trop longue, ma petite recette pralinée ? grrrrrrr !!!!
Cette remarque vous prive d'un voyage raffiné. Na !
Oui,
je suis capricieuse. Aussi.


Je ne dors plus beaucoup depuis quelques temps. Trop occupée... Plus de film, de théâtre, de musique, de promenade insouciante et de marches à pas cadencé ou chaloupé. Péchés véniels.


Mais surtout, crime absolu, je ne lis plus. Plus aucun des livres qui s'accumulent ça et là. Péché mortel.


Je ne lis plus que quelques feuillets, inlassablement. Mes mots, les siens. Je les abandonne et les reprends. Pour ça je le hais, je me hais.


Mais ce soir, j'ai dit non. Plus de lignes, plus de feuillets, plus d'écran. Je suis libérée. J'ai besoin d'air dans l'appartement surchauffé. Il fait grand froid dehors mais j'ai besoin de marcher.


La ville est silencieuse, j'avance d'un pas assuré dans les larges avenues. Mes pas me guident en quelques minutes vers un bouge luxueux aux murs de velours violacé. Le B..., un repère de belles impudiques et de grands carnassiers. Ca tombe bien, j'ai besoin d'alcool fort. Et peut-être de croiser un carnassier, ours, vautour, lion, loup, chacal... Le vigile à l'entrée me dévisage, puis s'efface et m'ouvre la porte de l'enfer en se prosternant un peu. M'a-t-il reconnue ? Improbable. Trop longtemps.


Je vais au bar, commande un alcool translucide. J'avale une gorgée qui me brûle. Mon regard erre dans l'assistance mais ne voit personne, perdu dans le vague des grandes étendues boisées, des champs de neige immaculée. Je reprend le verre, rejette la tête en arrière et fait couler tout le contenu au fond de ma gorge.


Quand c'est douloureux, autant ne pas faire à moitié.


Je grimace, les alcools forts, je n'en bois jamais. Je remets ma tête en aplomb et croise un regard. L'homme lève vers moi son verre en geste de salut, verre rempli d'une liqueur ambrée. Je détourne les yeux.... Mon verre est vide, il est temps de partir. Je sors le rectangle plastifié doré.


Mais une main tend un billet avant moi. Une voix basse derrière moi : -C'est pour moi.


Je regarde l'homme, ulcérée.


-Madame, c'est un hommage à vos cernes, vous avez un nouvel amant et ça se voit.


-Non pas du tout. Aucun nouvel amant, plus jamais !!


Il fait la moue, visiblement n'en croit rien.


-Détrompez-vous, j'ai trouvé il y a quelques jours en bas de mon immeuble dans les ordures deux cartons abandonnés. La complète Collection Harlequin. Depuis, j'y passe mes nuits. C'est obsédant. Divinement décadents, ces romans pour ménagères.


-Madame, vous êtes perverse, assurément. Ses yeux me jaugent, amusés.


-Perverse, grand dieu non.
J'aime tous les livres, oui même les romans à l'eau de rose, les plus ridicules.
J'aime ceux qui sont épais et lourds, et les plus fins opuscules.
J'aime les libres blancs, les livres gris ou noirs, les livres de toutes les couleurs.
J'aime leurs odeurs si variées et si particulières.
Les odeurs de colle étourdissante, celle de vieux cuir oublié.
Celle de papier recyclé à l'odeur acre d'encre imprégnée, et aussi ceux glacés sans odeur.
Les vieux livres si fragiles que si on les martyrisent, les manient un peu bigoureusement, ils tombent en poussières.
Ceux de pliages qui, lorsqu'on s'applique à les déployer d'une main habile, attentive et caressante, vous offrent tout un univers enchanteur.
Les livres en parchemin, finement nervurés.
Et d'autres, neufs et lisses, qu'on a pris soin de pelliculer de plastique.
Ceux qui sont liés de cuirs souples, ceux qui sont damassés, un peu rêches.
Ceux des belles lettres, à la couverture finement granuleuse, dont on prend le temps d'explorer tous les chapîtres, et d'y revenir.
Les plus malléables que l'on jette après les avoir tordus, cornés, pliés, annotés, déchirés.
Ceux ennuyeux qu'on parcourt par devoir.
Ceux magiques qui vous révèlent à vous-même.
Les gros, des romans pour les plages, les soirées d'été que l'on abandonne dans une chambre d'hôtel, les vacances terminées.
Ceux dont on garde précieusement les souvenirs, livres de l'adolescence, par forcément terminés, cadeaux des premières amitiés.
Ceux si insipides que dès les premières pages, vous les abandonnez, puis que par acquis de conscience, par bonté, parfois par pitié, vous reprenez au dernier chapitre pour leur donner une deuxième chance et rapidement ... finissez.
Ceux si grands si magnifiques qu'on voudrait tous les exposer sur la table du salon.
Ceux si petits si émouvants, qu'on les introduit délicatement, qu'on les range avec précaution dans une boite en carton capitonnée pour ne pas les abîmer.
Et ceux venu de l'enfer que l'on cache au fond des placards ou dans le fond du tiroir de la table de nuit, à portée de main pour... le frisson ultime.
Ceux d'images de voyage dont il suffit de regarder la couverture pour que des saveurs, des odeurs vous envahissent la bouche et le nez.
J'aime ces beaux objets, pour moi objets de partage... et -avec un petit rire amusé, je termine- et tout autant les livres plastifiés que l'on peut mettre dans le bain des enfants.
Oui, j'aime tous les livres même ceux que j'ai oubliés.


Il me regarde au fond des yeux et me dit :-Madame, vous êtes une sorcière.


Je m'effondre sur son épaule. Il m'entraîne vers la porte. -Vous êtes épuisée, je vais vous raccompagner.


L'air vif me fait renaître alors qu'il fait signe à un taxi.


-C'est inutile, j'habite à quelques minutes à pied.


-Il est tard, Madame, je vous accompagne.


Devant mon refus, il murmure. -Ne craignez rien, je vous laisserai au coin de la rue.


Nous marchons l'un et l'autre à grands pas, remontant une avenue, une ruelle, tout est désert.


-Oh. Je ne savais pas qu'il y avait un jardin dans ce quartier où tout mètre carré est si cher.


-Monsieur, -c'est le square W.... Ici on a dû s'arrêter de construire . (Je désigne les immeubles.) Voyez toutes ces belles pierres sont en fait extraites du dessous. (Je tape du pied sur le sol.) Là, dans les entrailles de Paris, il y a des cavernes, des boyaux, des gouffres profonds, noirs insondables et chauds, aux parfums de pourriture enivrants. Si on construisait ici, dès la première tranchée, tout s'effondrerait. Mais le square en lui-même n'a rien d'intéressant, quelques jeux d'enfants, quelques monuments caché dans les massifs.


-Madame, montrez les moi.


-Mais je crois que c'est fermé.


Il avise le petit portillon cadenassé. -Ce n'est pas très haut. On peut passer par-dessus.


Il m'aide à franchir la barrière, m'entraîne vers un arbre dans un coin sombre. M'enlace. Je me laisse aller un instant puis le repousse.


-Je vous en prie, je ne suis pas libre.


-Si vous l'êtes absolument, mais ce soir vous êtes fragile. Je vous lâche mais laissez moi respirer encore une fois votre parfum, cette odeur de verveine et d'herbes mouillées.


Le ton se fait dur. -Je veux bien si vous le demandez à genou.


Il est à mes pieds et refait sa demande. Je ne le laisse pas finir, j'empoigne doucement ces cheveux et l'attire vers mon ventre. Il s'enivre puis se redresse.


-Je vous raccompagne. Vous allez tomber. Nous repassons le portillon, ses mains me soulevant, me tirant, m'abandonnant. Nous reprenons la marche cote à cote.


Soudain il s'arrête : Cette vue est extraordinaire.


Par la ruelle en pente, on aperçoit dans toute sa hauteur la Tour qui s'illumine de diamants.


-Je peux vous quitter, j'habite juste au bout de cette rue.


Je pars sans me retourner. Je reprends la marche à grands pas. Le silence est apaisant.


Soudain je prend peur car je l'entend, il court derrière moi. Il me tends sa carte. -Tenez, je ne demande rien. Mais prenez là, je vous en supplie. Si jamais …


J'arrache le petit carton. Je repars à nouveau. En passant, je jette le carton dans une poubelle. Je fais quelques mètres puis reviens et le reprends dans les ordures. Il me semble apercevoir une ombre qui se glisse dans le creux d'une porte cochère.


Je regagne mon abri perché aux étages nobles. Je traverse l'appartement sombre, caressant au passage voluptueusement le dos de tous les livres sur les étagères qui encombrent le long couloir. La chambre est doucement illuminée par la lumière dorée de la tour au dehors. Je m'endors enfin apaisée, sur le double futon posé à même le sol sur un grand tatami.


B

dimanche 9 décembre 2007

Too sexy - Il faut souffrir pour être belle -Hammam et henné

Voilà ! Largement de quoi débuter la semaine. Prenez le temps.
Pour les over-deborded (... soupir) le capiteux est "le hamman", plus bas.
Il y a encore de l'eau... pour un amateur grippé, dédicade en clin d'oeil, pour avoir chaud et faire sortir le mal (ou le male ?).
Et une menace pour les visiteurs paresseux : pas de com ? je vais me mettre à bouder. Et mettre mes petits textes longuets dans un beau classeur.


Mon coloc a débarqué ce matin du premier train qui passe sous le Channel. Tout fripé, tout mal peigné.
Lovée dans le canapé, un plaid remonté jusqu'au menton, je terminais ma nuit.

Il me dépose une pile de magasines, de journaux dans la langue de Shakespeare. Miam ! Je vais pour lui faire un big hug de première bourre, genre joueurs de hockey, mais il s'enfuit.

-Pas dormi, pas eu le temps de me doucher…

Grrrrrrr

Je replonge dans la torpeur en feuilletant le Vanity Fair. Sauf que je pique du nez. Mmmmm, une soirée un peu arrosée, quelques tendresses et frissons partagés… je suis épuisée.

Mais qu'est-ce qui lui prend ? Pour la troisième fois, il remet ce truc à fond !

http://fr.youtube.com/watch?v=q75gREOjyFI

Je vais vers la salle d'eau des garçons. Il est là qui se dandine, balance des coups de reins au lavabo, au miroir, au porte-serviette. A moitié rasé, le rasoir en guise de micro, se paluchant les pectoraux, la tablette de chocolat un peu ramollo de trop de déjeuners *** et plus assez de varape. Bien loin du golden baby-boomer en custume trois pièces sobre et tristounet.

Enfin, tristounet, ses costards trois pièces, ils le sont pas tous.

Il croise mon regard interrogatif dans le miroir.

-J'ai passé une super semaine ! Et toi ???
-Des hauts et des bas. Pas mal de tensions, trop de nuits intenses et écourtées. Finalement, très bien terminée.

Alors il m'entraîne dans sa petite danse lubrique en riant, se plaquant contre mon dos. J'ai plein de mousse dans les cheveux. C'est malin !

Il nous pousse sous la douche, histoire de bien se réveiller.

J'aime bien mon coloc. De temps en temps, il déjante grave, pour un rien, pour un tout, pour un popotin aimable, pour un moment de raffinement hors norme. C'est un complice yin yang délicieux.

Et heureusement (enfin à mon goût), il ne cède pas à la nouvelle mode.


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Extrait de l'article "On the limits of self-improprement, Part II". L'écrivain Christopher Hitchens se fait un petit avant-après, pour se requinquer la santé et l'image corporelle. Il s'abandonne aux soins des chasseuses de pouals, une technique à la cire brésilienne, après avoir reçu les attentions d'un dentiste. En anglais... faut s'entretenir aussi la langue, nest-ce pas ?

"This sense of reversion to childhood was enormously increased the following morning, when I arrived at the studio of the renowned "J. Sisters", the seven girls from Brasil who have pioneered the waxing technique that bear's their country name. […]

The male version of the wax is officially called sanga, which is the name for the Brazilian boys' bikini. I … was instructed to call out when I had disrobed and covered my midsection with a small towel. Then in came Janea P the actual creator of the procedure. She whipped away the exiguous drapery and, instead of emitting the gasp or histle that I had expected, asked briefly briskly if I wanted any "shaping". Excuse me ? What was the idea ? A heart shape or sore tiger stripes, perhaps, on the landing strip ? I disdained anything so feminine and coolly asked her to sanga away.

Here's what happens. You have to spread your knees as far apart as they will go, while keeping your feet together. In this wide stance position, which is disconcertingly lie waiting to have your Pampers changed, you are painted with hot wax, to which strips are successively attached and then torn away. Not once, but man times. I had no idea it would be so excruciating. The combined effect was like being tortured for information that you do not possess, with intervals for a (incidentally very costly) sandpaper hand job. The thing is that, in order to rip, you have to grip. A point of leverage is required, a place that can be firmly gripped and pulled while the skin is tautened.

The businesslike Senhora Padilha daubed away, took a purchase on the only available handhold, and then wrenched and wrenched again. The impression of being a huge baby was enhanced by the blizzard of talcum powder that followed each searing application. I swear that several times she soothingly said I was being a brave little boy… Meanwhile, everything in the general area was fighting to retract itself inside my body.

Small talk is difficult under such gruelling conditions, but I am ruthlessly professional and managed to keep my end up, so to speak. "What sort of men come here ?"

"Those who are preparing for haemorrhoids operations". Oh, great. "And those from Wall Street who sit too much and get their behinds irritated". Uh-huh. "Also many who are urged by their wives and their fiancées". You don't say. Also gather, tough this isn't part of the pitch, that male porn stars get the wax in order to enhance their profile on the video. By this stage, I though I could tell we were drawing agonisingly near the close, but I as wrong. Boy, was I ever wrong.

You ladies will know what I mean by the stirrup position, which I was now unceremoniously instructed to assume. That's to say. I braced one leg up while Ms. Padilha braces other. And she does this for living. .. Oh Jesus, I was overwhelmed by a sudden access of lava-like agony, accompanied by the vertiginous sensation that there was no there there. Stunned into silence, I listened slack-jawed as she told her plans to expand into the London market, and …

To call this a "growth" industry might be a slight mistake: the J Sisters will not rest until every blade has been torn from every crevice. Tomorrow, the world but today, your humble servant. And my only question was "Where's the rest for me ?" We did not take a "before" picture so with your indulgence shall not share the "after" one. The total effect, I may tell you, is somewhat bizarre. The furry pelt that is my chest stretches southward over the protuberant savanna that is my stomach, and then turns into a desert region. Below the waist, a waste.

… the J sisters staff had been surprised by my failure to yelp or cry out so I suppose I can be prouder of my British reserve… And I have a nickname for my porn-ready but paradoxically still-wincing courting tackle : "Smooth Operator". How long, I ask myself idly, will this last ?

If faut souffrir pour être belle, as the French say."

(c) Vanity Fair - December 2007 - London Edition

Sa description est tellement ... miam !
Qu'est-ce que j'ai dit déjà ? Ah oui… préférence pour le modèle yeti…
Faut pas croire tout ce qu'on écrit sur un blog… polom polom.


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Le bain - Le Henné

Qu'est-ce qu'ils ne vont pas inventer, parfois, pour motiver une équipe ! Un raid en voiture dans le désert… Incentive qu'ils disent. N'importe quoi !!! Parcourir des kilomètres à toute vitesse, sans rien voir des paysages, sans rien connaître des gens.

Si ça les amuse, autant jouer le jeu. Mais là, plusieurs jours de tape-cul, de bascules et glissades dans les dunes, de soirées sous la tente où je me caille les petons dans le jus de la journée, de petits matins à chercher un coin en retrait… heureusement qu'on a eu le droit de convier le compagnon de voyage-copilote de notre choix. Et que le mien n'hésite pas à dédaigner le chrono du check-point pour un moment intense sur fond d'immensité ocre et bleue, sinon je coulerais une bielle, exprès.

Bref.

Ce soir, arrivée dans une petite ville, premier soir à l'hôtel. Modeste, couleur locale. Mais enfin, des gens, de vrais gens. Et une salle de bain.

Après 4 jours, je n'y tiens plus, la poussière, la chaleur, besoin de me laver. Malheureusement, mince filet dans la douche. Autant lui réserver et me laver au lavabo. Zut, pas assez de serviettes, je demande une femme de chambre. Elle apporte le nécessaire et soudain j'ai une idée.

-Auriez-vous un hammam ici, en ville ?
-Oui bien sur ! Mais ce n'est pas un établissement … luxueux, juste pour les habitants.
-Tant mieux ! Est-ce un bon jour aujourd'hui, pourriez-vous m'indiquer comment y aller ?
-Au bain, avec cette chaleur ? (elle semble sceptique, forcément une européenne…)
-Oh oui, au contraire… c'est très bon. N'est-ce pas ?
-Et bien, justement j'y vais tout à l'heure, mais … malheureusement, le hammam est réservé.
-Ah ?
-C'est-à-dire… c'est pour un mariage, une de mes soeurs…
-Oh… je ne veux pas vous déranger. Excusez moi. Ca ira. Merci beaucoup pour les serviettes.

Je tends un billet. Elle s'en va.

Puis un toc-toc léger.
-Si vous voulez, vous pouvez venir. Ce sera long, donc vous aurez le temps de vous laver avant qu'on commence.

Assia me guide à travers les petites rues, on devient deux complices en quelques minutes. Arrivée dans la maison familiale, on s'y affaire beaucoup, ce sont les prémices du mariage. La matriarche est prête, impériale, entourée des femmes, accueil simple. On me montre les objets préparés, les serviettes roses, tout un fouillis de coton et de toile rose du plus pale au plus vif, des produits de beaute. On part vers le bain.

Pas un hammam de luxe, non. Le bain de quartier.

La salle de repos dans la demi-pénombre, merveilleusement frâiche, où les femmes se déshabillent, en toute simplicité. On se regarde sans se voir. La nudité des corps, à peine soulignée par un linge de coton blanc que l'on drape autour du buste, la pudeur est présente. Je me mets nue sans peur, spontanément, moi qui déteste le faire dans les vestiaire des salles de sport.

Descendre dans la première salle. Sombre comme une matrice. Pas trop chaude, chaleur différente du dehors. Chaleur humide. S'asseoir sur la pierre dans la cave voûtée, la buée. Commencer à transpirer, à molir. S'abandoner à la chaleur enveloppante.

Et tous ses corps féminins autour. Les petits groupes de femmes. Elles sont si belles, celles marquées par les ans, celles au corps gonflé par les grossesses. Les seins lourds qui tombent. Et les petites jeunes femmes dont on devine qu'elles n'ont pas encore vécu. Les petits seins pointus. Ou déjà opulents. Les grands maigres, au corps si sec, si peu généreux.

Passer dans la salle chaude. Se sentir fondre encore davantage. Grosses goutes qui coulent dans le dos, sur les reins, entre les cuisses, sur le visage. Commencer à s'asperger avec un bol en émail tout simple. Commencer à se laver. Et les doigts de la matriarche qui viennent sur le corps, qui malaxent les hanches, le ventre. Elle me dit que je ferai encore de très beaux enfants. Avoir plein d'enfants, moi fille unique, quel bonheur.

Puis passer entre les mains des femmes qui lavent, qui frottent durement. Extirper la crasse jusqu'au plus profond des pores. Et revenir dans la chaleur, pour se laver encore.

Soudain les youyous, le groupe de femmes parées de rose, qui entourent la fiancée. Qui la cachent dans un grand lais de tissus rose aussi. Observer, en retrait. Se faire raconter ce que se passe, les soins, les attentions. Les mêmes que ceux que j'ai subi, que j'accepte de subir encore.

Voir les regards complices de mes nouvelles amies, Assia et sa soeur, une brune au sein lourd, l'autre blonde et gracile. Quels mélanges, quels contrastes.

Me livrer à leurs mains, à la pate de miel et de citron, qui enlève le duvet sur les jambes. Les voir se murmurer quelque chose à l'oreille. Et rire.

Je suis en confiance. Je suis bien. Elles prépare une pâte verte mêlée d'argile. Un masque ? Allons-y ! je suis allongée sur la pierre. Oh surprise ! Les petites mains qui se posent sur la toison, étendent la pâte. Je suis un peu gênée, confuse. Mais il ne faut pas bouger. Elles rient sans façon, de la bonne blague faite à la française naïve.

L'eau qui passe quelques minutes après, qui enlève tout. Et les rires partagés. La matriarche qui sourit, se moque tendrement de la touriste qui s'est prêtée au jeu et qui l'a trouvé charmant.

Se laver les cheveux, le geste simple de la femme, de la mère qui vous verse de l'eau sur la tête et parle de la vie. Se pencher en avant pour dégager la nuque et sentir l'eau couler. Frissons encore. Se lever, se pencher. Tordre les cheveux puis se relever et se dresser sur la pointe des pieds, les secouer dans un grand geste pour leur donner du volume. Etre triomphante. Nue. Propre. Neuve. Enfin.

Remonter dans la salle de repos. S'étendre dans la pièce fraîche, là encore voir sans regarder les corps.

Un homme ici ? Ce serait pour lui l'enfer, l'enfer ... et le paradis.

Le thé à la menthe, contraste du chaud sucré et de la menthe vive. Odeur enivrante. Ouhhh, je pars loin.

Retrouver le groupe de femmes parées de rose, attentives et heureuses, voir le rite se poursuivre. Et ce petit groupe de jeunes filles qui se disent des secrets dans un coin. Et les corps qui vont de l'une à l'autre, se penchent pour parler à une femme totalement en repos, le mouvement des seins, des hanches.

Tous les corps, certains demi-nus, certains nus, mais toujours ce voile de tissus, ou cette serviette qui cachent et dévoilent. Sont-ils laids ? Sont-ils beaux ? Peu importe les canons que l'on prétend nous imposer. Ici, je vois, l'espace d'un instant, le beau, la vie.

Repasser la culotte fine, découvrir la nouvelle sensation du linge sur la peau nue, sur le pubis de vierge. Et l'autre sensation, de la robe de coton frais qui tombe en corolle. Je n'arrive pas à trouver les mots pour décrire la douceur de cette caresse sur la peau neuve.

Sortir. Retrouver l'autre chaleur. Et les hommes qui attendent dehors. Le compagnon de voyage est là aussi. Un groupe de femmes, complices, fraîches, qui sortent du bain… je crois que ça fait vraiment bander, même le père devant la matriarche de 10 enfants. Un mot de bienvenue rituel (j'ai oublié la formule), salut pour la femme nouvelle.

On nous invite au mariage. Décliner serait faire offense. Mais je n'ai rien à mettre. Qu'importe, on me prêtera. Rentrer à la maison, les boissons fraîches, les pâtisseries sucrées.

Se retrouver dans la chambre pour se changer pour le dîner. On m'apporte un sarouel, pantalon noir et large, une veste-tunique noire ouvragée de dizaines de perles noires et brillante, des sandales. Des sandalettes fines. On lui passe une chemise propre. Ses yeux qui dévorent.

Les petites caresses sur la peau encore plus douce que douce. Le manque de temps, et puis la décence de ne rien faire car on ne baise pas quand on est ainsi invités.

Se mettre nue sans y prêter attention. Voir le regard devenir fou. Rire.

Sans provocation, commencer à raconter le hammam, les femmes, les gestes… Il ne veut rien savoir et se sauve.

Je me laisse conduire dans la cour réservées aux femmes. Quel accueil simple et chaleureux. Ne plus se sentir étrangère. Accepter, un soir, une nuit, la séparation, pour mieux communiquer, comprendre, connaître. Percevoir la musique assourdie qui parvient de la salle réservée aux hommes.

S'immerger dans les rites encore, les cadeaux, les bijoux que l'on présente, qui passent de main en main. Les tenues qui changent dans un tourbillon. Se voir offrir encore des saveurs nouvelles, sucrées-salées, des mets délicats, pimentés ou suaves. Jour exceptionnel de générosité et de partage.

Comprendre que notre accueil, de parfaits étrangers sans autre désir que d'être là, de partager aussi, allait de soi en ces moments là. Ressentir la générosité brute et en pleurer.

Les hommes et les femmes séparés seront réunis le lendemain. Mais il y a les visites des petits jeunes gens, seuls autorisés à venir. Messagers du groupe d'hommes qui dansent, parmi lesquels il est prisonnier. En sourire en catimini.

Le voir arriver pour qu'on lui montre le cérémonial du henné. Seuls quelques hommes proche peuvent entrer, dans le gynécée, avec le marié. Lui, il est étranger, il a le droit. Sa présence n'offense personne. Son regard est discret.

Entendre le chant, les youyou des femmes. Plonger dans le vertige des sons, des odeurs, des couleurs, des émotions si fortes. S'y laisser emporter.

Le henné dont on enduit les mains, rite magique. Il éloigne les mauvais esprits, protège du mauvais œil. Henné pour la baraka. Le henné pour trouver la grâce (Hen en hébreu), porteur de sensualité, de fécondité. Vivre par tous les pores et par le ventre, désormais mis à nu, plus que par le cœur, ce moment intense de sensualité, de promesse, d'engagement.

Echange de regards, lui, moi, éloignés de quelques mètres et si proches. L'un à l'autre, l'un pour l'autre.

http://fr.youtube.com/watch?v=Ult3uzXJKns

La musique qui envahit l'espace, les femmes qui se mettent à danser, l'une après l'autre, ou à deux. Le battement de la musique lascinant. Le foulard, les petites pampilles qui souligne le mouvement, la sacade des hanches, tendu par les mains et glissant de gauche à droite sur les fesses, ou au contraire serré bas, le noeud accentuant le brusque mouvement d'invite sensuelle.


Elles me lèvent, m'invitent à essayer. Me passe le foulard qui scintille autant qu'il tinte autour des hanches. Je m'amuse, maladroitement, à la danse suggestive, me laisse aller au rythme voluptueux, j'imite le mouvement de la femme qui me fait face... elle roule, ondule... et balance ses seins. Par défi, je fais de même ... un peu trop sans doute, les youyous montent encore. Les éclats de rire aussi. Je suis étourdie. Je vacille. Elles m'entourent, me soutiennent.

Il vient me chercher, m'entraîne vers l'air frais du jardin. Malgré son désir, il attend que le calme revienne.
Puis, nous partons vers cette chambre prêtée pour la nuit. Alors baiser sur le carrelage frais dans la moiteur du soir, l'odeur du jasmin. Effleurements sur la peau encore plus nue que nue, encore plus nue que le nu.

Et ne rien pouvoir crier.

B

Je cherchais une autre musique... orientale. Pas trouvée. Toute suggestion sera bienvenue.

http://fr.youtube.com/watch?v=0FfGVYt75vY


dimanche 2 décembre 2007

Travaux manuels et autres

Je suis devant la psychée, bien campée, mes jambes écartées sur les escarpins lacés. Je me maquille. Seulement vêtue d'un soutien-gorge noir à fleurs rouges, slip assorti, porte-jarretelle et bas de voile noir remontant haut, à large dentelle. Talons hauts et fins. Je le vois dans la glace, assis sur le bord du lit, seulement vêtu de son pantalon, ouvert. Son t-shirt dans les mains. La tête basse. Il sent le regard, se redresse.

-Bordel ! Magnes toi un peu, on est en retard pour le cocktail.

-Ce n'est pas ma faute si tu n'es pas en forme !

Je continue à dessiner lentement un trait noir sur l'ombre scintillante, puis à poser le mascara, en levant l'oeil, approchée de la glace, ce qui rejette mes reins en arrière.

-Nom de nom ! Je suis charrette depuis 8 jours sur le projet, les plans sortent pas, tous des cons. Je n'ai pas dormi depuis 2 jours et tu veux que je bande ? Je ne suis pas ton god perso. Tu fais chier. En plus, tu n'as même pas demandé à frédérica de repasser ma chemise.

Je me retourne, lance mascara, crayon à travers la pièce. -T'as raison, je devrai m'enfiler n'importe quoi, ça serait plus efficace. Tiens, même ça, c'est mieux !

J'ai pris une bougie, 10 cm, large de 3-4. -Je devrais la mettre maintenant et la garder jusqu'à notre retour. Au moins, j'aurai un frisson longue durée. C'est pas le cas avec toi.

-Pas capable !! La voix gronde.

Il se lève. Eh eh eh ! Cèdera, cèdera pas ? Ça est… il s'approche. J'aurai ce que je veux… mais le défi est plus fort. Je réplique :

-Et toi ? T'es capable d'attendre ?

-Bien sur ! Habilles toi ! Il attrape la robe qui pend, découvre la chemise repassée dessous.

-Merde, tu aurais pu me le dire ! Bon, assez plaisanté. On y va.

Mais j'ai déjà un pied sur la chaise, j'enfonce doucement. Je connais le mouvement à faire, mouvement des jours sans, et parfois des jours… Sauf que là, vu l'engin, le moment, c'est moins facile. Ses yeux sont désormais rivés sur la bougie.

-Tu veux peut-être de l'aide ?
-Pourquoi pas ?
Cèdera, cèdera pas ?

Il est genou, enfonce de 2 doigts plus profondément. Respirations fortes. Se relève : - Let's go !
Cèdera pas…

Cocktail ennuyeux dans un lieu intéressant. Je regarde les tableaux, la tête penchée. Nous allons chacun de notre côté. De temps en temps, on se croise, on s'effleure. Je mords ma lèvre. Regards incendiaires. Aussi brulant que l'incendie qui commence à couver.

Il revient avec un couple. La femme propose de partir : -Dites, c'est un peu nul. Ton homme nous propose d'aller chez xx pour dîner, c'est tout près.

Il est derrière elle, l'œil sardonique. Il sait que j'ai horreur de ce genre de plan avec ce genre de gens. Alors encore le défi. Je réplique : -Allons y !

Au moment de monter en voiture, je dis que je préfère marcher un peu, j'ai trop bu, besoin d'air sinon je vais être mal dans la voiture. De toute façon, nous n'avons pas réservé, il faudra sûrement attendre un peu.

Lui, moi, à grands pas dans les rues, devant les facades cossues, les fenêtres grandioses, largement lluminées. Il passe un bras autour de ma taille, cherche le contact. Fébrile. Un couple sort par une porte cochère, il m'entraîne à l'intérieur. Hall haussmannien, grand escalier, vers le haut, vers les caves. Il part vers le bas. Devant, en parfait gentilhomme. Se retourne : -T'imaginer me met dans un tel état. Il prend ma main pour que je constate.
Cédera.

Mais il continue à descendre, et m'arrête alors que je suis encore quelques marches au-dessus de lui. Sa voix est contenue : -Attends, reste là, je veux juste vérifier.
Il remonte la main à l'intérieur des cuisses. Constate déjà l'humidité qui suinte de la dentelle.

-Ouh là là… ça ne va pas du tout pour le restaurant. Voix à nouveau contenue, un brin hypocrite. Il pose sa veste sur la rampe. Retire la cravate, ouvre la chemise et la fait tomber en dégageant ses épaules, fait passer son t-shirt. Il commence à essuyer avec le coton blanc. La lumière s'éteint.
Cédera ?

Il va pour rallumer, voit un robinet, passe le t-shirt sous l'eau puis continue à essuyer de manière appliquée, ayant baissé la dentelle à mi-cuisse ; il passe avec délicatesse entre les lèvres, puis insère peu à peu le tissus humide, en tournant, lentement. En repoussant, et puis la main plonge vers l'arrière, le sillon. Tourne, et insère à nouveau le tissus dans l'anneau resséré, forçant délicatement les muscles à céder. Se penche, fait tourner les hanches qui se maintiennent difficilement en équilibre sur les jambes tremblantes. Il examine son ouvrage. Puis, apparement satisfait, retire le t-shirt d'un coups sec :
-Voilà ! On y va.

Cédera pas.

Mais la décharge a eu lieu. Il me retient contre lui, m'enveloppe quelques instants d'une bulle caline. Lorsque le tremblement cesse, il m'appuie contre la rambarde. Et se rhabille en siflottant.

Il met la cravate dans la poche. Se ravise, la replie sur elle-même. -Attend, c'est préférable pour le restaurant. D'un dernier geste, il la glisse sous le slip, petite serviette de soie. Bien inutile désormais.

On arrive mais il faut encore attendre. L'autre dame est lasse. Souhaite rentrer chez elle, d'un air étrange, nous proposant un dernier verre. On refuse.

Je commence à être fatiguée mais on marche encore. Je désigne le bus qui arrive. - Prenons le!

- D'accord. C'est combien les tickets déjà ?

Je suis déjà loin vers le fond du bus. Il s'affole soudain, lance un billet au chauffeur. -Gardez la monnaie ! Me rejoint précipitamment.

-T'es vraiment dingue. Colles toi contre la paroi. Tu n'as pas vu ta robe...

Moi, j'éclate de rire.

A la maison, il me chante encore une autre chanson. Repousse, puis ressort la bougie. Quand je suis déjà loin, il n'y tient plus, veut l'enlever mais je dis non !

-Tu es vraiment la pire des sal... qu'il fait en me retournant. Il passe sa main d'artiste autour de ma taille, colle son ventre à mes reins. Puisque la bougie est ici, lui ira là.

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Après, il contemple le truc qui a pris une drôle de forme. -Tiens, c'est intéressant ta sculpture, pour une fois ! Je vais le mettre sur ma table au bureau.

-T'es fou ! Si on te demande ce que c'est, tu seras bien embarrassé.

-Mais non, je dirais que c'est encore toi qui a essayé un nouveau passe-temps en t'achetant un kit de fabrication de bougie. T'es comme les enfants. Et tout le monde sait que tu n'es pas douée en travaux manuels. T'arrives même pas à colorier mes plans sans les saloper.

Je réponds, tout innocemment.

-Forcément ! soi-disant, je suis la pire...

B


mardi 27 novembre 2007

Rouge rubis (draft)










Texte de fiction - Toute coïncidence avec des personnes ou des lieux existant est fortuite.

8 h 00 - j'arrive au bureau, dans un bel immeuble du quartier de la place vendome. Je soupire d'aise, enfin, je commence à prendre mes marques. Cela fait trois semaines que je suis directeur administratif et financier pour cette boite de conseil. Ca fait du bien de travailler pour des grosses pointures, des mecs intelligents, exigeants mais qui savent encore s'éclater. Le soir de la signature de mon contrat, la virée qu'on a fait dans les bars, les boites, m'a définitivement convaincu. J'ai enfin trouvé ma place.
On est libertins, mais bien éduqués. Famille, boulot, autres jeux. Un temps pour chaque chose, la loi du silence, pas de complicité glauque mais du respect.


Il y a juste une ou deux choses qui me mettent mal à l'aise. D'abord, j'ai l'impression bizarre de n'être pas seul le matin. J'aime bien démarrer seul. Les autres quittent tard, donc arrivent vers 9 h 30, souvent après avoir fait un tour dans la piscine ou la salle de sport du racing. Or, c'est comme si ces murs étaient … hantés. Je crois entrevoir une ombre, sentir un parfum masculin, parfois une odeur si caractéristique… non, ça ne peut pas être ça.


Et puis, il y a autre chose… l'organigramme m'intrigue. Bien sur, ils sont tous associés, quelques collaborateurs. Et puis elle, une femme que je ne connais pas encore. Son dossier perso est vide. Sauf son contrat. Salaire correct pour son poste, un peu généreux peut-être, et des tas de privilèges. J'ai interrogé mon assistante, qui s'est fermée comme une huître. Puis j'ai compris, elle était arrivée en même temps que A, nouvel associé. Promotion canapé !


Ce matin, je fais encore le tour des bureaux déserts quand je remarque de la vapeur qui s'échappe de la salle d'eau réservée aux associés. Un parfum de prix. Féminin. Tiens, tiens… intéressant.


La porte semble ouverte, je tire. Une femme est là, qui remonte un bas, un pied posé sur le tabouret de bois. Elle porte un soutien-gorge superbe, large, en dentelle grise, un porte jarretelle et ses bas.
Elle me regarde sans ciller. -Bonjour !


Mes yeux remontent lentement, du haut de la cuisse blanche jusqu'à ses yeux. C'est une brune, c'est certain. Mais châtain. Naturelle.


Sans façon, elle me tend la main. Me sourit et veut parler. Une main puissante me tape dans le dos. A.


Salut, alors… on s'acclimate ? La voix n'attend pas de réponse. Le ton est ferme. Calme.
Il m'entraîne sans explication.

Plus tard, on me la présente. Comme si rien ne s'était passé. Arrogante ? En fait, même pas. Trop maternelle, cette nana. Elle est de plusieurs comités de projet, assiste parfois au comex, et franchement, elle me gave. Je ne comprends pas son rôle. Parfois, elle me pose des questions d'une naïveté crasse. Je m'enferre dans mes réponses, les autres regardent en l'air, ou consulte leur bidule électronique… et je finis par découvrir que je me suis planté… c'est elle qui a raison ! D'autres fois, elle attaque franchement, directe. Pas de gant. Je ne suis pas sa seule victime, mais elle me met au pied du mur avec tant de gentillesse, tant d'indulgence, que ça me met hors de moi.

Plusieurs semaines après, coup de téléphone du patron. -Vieux, fais immédiatement un virement de xx.000 euros sur le compte de B. Tu lui fais signer le papier habituel. Elle rembourse dans 6 mois.


Tiens, tiens, la pimbêche a des petits soucis. Voyons ce qu'on peut en tirer. Je la reçois, elle a l'air ailleurs, fatiguée. Je la manipule sans problème, j'ai été formé pour. Elle est prête à se confier, puis se ravise. -Je ne vois pas où vous voulez en venir.


-Ecoutez… j'applique MA politique de DAF. J'ai besoin de 48 heures pour arranger ça. Mais, je peux accélérer un peu. Je vous sens stressée, vous seriez disponible pour un déjeuner… au calme ? Je connais un établissement très agréable. En forêt de Saint-Germain, beau relais.


-Le Cazauxxx ? Oui. Je connais. Demain ?


Je suis soufflé. Elle a accepté si vite. Elle a vraiment besoin de fric.


Le lendemain, elle m'avertit qu'elle prendra un taxi. J'ai pris soin de lui glisser un petit mail : Pour déjeuner, je souhaiterais bien vous savoir vêtue comme le jour de notre première rencontre.


Pendu pour pendu… si elle me dénonce, autant aller jusqu'au bout.


Je l'attend depuis un bon quart d'heure, table à l'extérieur, il fait bon. Elle arrive, longue jambe qui sort de la Mercedes, fins escarpins, un éclair de chair blanche. Heureusement que j'ai pris soin de m'assurer qu'une chambre était libre.


Intriguant... elle embrasse le maître d'hôtel comme un vieil ami. Elle semble chez elle. S'installe à ma table, me salue à peine. Je suis plus aimable.


-Que souhaiteriez-vous boi…


-J'ai pris la peine de commander ce matin. Cela ne vous gène pas? Ne perdons pas de temps.


On lui apporte une coupe de champagne, des mignardises délicates. On me met juste un bol de potage clair et de l'eau. Je suis surpris.


-Mon cher Directeur, je pense qu'il vaut mieux que vous mangiez léger. Parlez-moi un peu de vous, de votre carrière.

Elle m'amuse, avec ses grands yeux verts, sa bouche rouge rubis entr'ouverte. Je commence, je ne me vante pas. Je n'enjolive rien. Elle semble apprécier, relance en hochant la tête.


On m'apporte ensuite un steak tartare. Elle a droit à une superbe pièce de bœuf qui me fait saliver.
Mais elle plonge ses doigts dans mon assiette, prend un capre, et me le tend. Je tire la langue pour l'attraper, elle le dépose délicatement. Courtisane… j'ai bien pioché.


Elle recommence. Cette fois, elle malaxe la viande, quelques ingrédients, à même les doigts, puis me les fourre dans la bouche. Les autres convives nous regardent. Choqués.


Elle remet ça plusieurs fois, je sens son pied le long de mon mollet. Juste posé. Brûlant. Je fais tomber un couvert. Je veux vérifier. Mais avant que je puisse, une main ganté de blanc s'interpose. -Monsieur, laissez, nous allons changer votre couvert.


Elle a été agacée par le geste. Se lève. Elle va partir. Que je suis c…


-Venez, prenons le dessert dans la suite.


Suite grand siècle, dorures, lit à baldaquin, colonnes de bois tourné. Elle me désigne le grand fauteuil sur lequel je m'assied, en prenant le livre imposant qui est posé sur le siège. -Je suppose que vous connaissez ce photographe, cet artiste ?


Je feuillette, intrigué, le livre troublant. Une page porte un curieux signet rouge. Mais avant que j'y arrive, elle commence à se déshabiller. Lentement. Tête baissée. Je suis abasourdi. Le chemisier, la jupe… elle dévoile un corset du même rouge sombre prenant bien la taille, gonflant le buste déjà généreux, tendant des bas noirs de voile fin, dévoilant des hanches juste un peu trop rondes. Elle s'approche, pose un genou sur le siège, me pince un peu la cuisse du pied. -Voulez vous bien me donner … elle désigne le signet.


Je le retire. Un string rouge. Elle tend sa cheville. Je comprend qu'il faut que je la rhabille. Ma main tremble. Elle me prend le menton. Lève mon visage -Allons, un grand garçon ne devrait pas se troubler pour si peu. Vous méritez une petite leçon.


Elle enfile le string rapidement et me tire par la cravate Nous sortons de la chambre. Nous croisons des clients, elle ne semble pas gênée. Je suis fier comme un coq. Escalier… nous descendons. Elle passe derrière moi, me saisit les cheveux. Là elle pousse un peu. Nous croisons encore deux serveurs qui font une bouche de poisson et laisse tomber leurs assiettes avec fracas.


Sous-sol, couloir étroit, glauque, sombre. Je veux me dégager de la prise. Elle me saisit le bras, le tord vers l'arrière. Puissamment. Me glisse à l'oreille. -Vous pouvez dire non. Tout sera terminé.


Léger coup dans le mollet, elle veut me mettre à genou. Je fléchis. Tombe à ses pieds.


Elle se recule, me regarde. Je m'approche pour embrasser son ventre. Elle arrache le string, la colère la galvanise. Se caresse avec un instant. -Vous voulez ?


Total mépris. Elle me le jette au visage. -Trop facile, mon ami. Vous avez cédé si vite.


Elle va partir. Je la retiens. Fermement. -Croyez-vous ? Regardez-vous.


Je la fais tourner, l'empoigne sans hésiter, fouille de mes doigts. Retire plus de jus que jamais encore.
Elle s'échappe. -Très bien. Alors continuons.


Nous remontons du passage souterrain dans une dépendance en piteux état. Presque en ruine. Elle me désigne un siège de fer. -Je reviens. Déshabillez-vous.


J'attends. Des bruits étouffés, des murmures. Peu m'importe. Je passe à côté, superbe lit rond. Dans une salle sans chauffage, crasseuse à part quelques chandeliers. Sur le lit, des accessoires. Surtout des jouets pour les femmes. J'ai gagné, le reste va être délicieux. Je me déshabille sans hésiter.


M'allonge nu sur le ventre. Je suis sur de moi. Je connais l'effet que mon corps produit sur les femmes. Je garde juste le string à la main.

Je sens son odeur. Elle revient, tire sur le string -Je peux vous l'emprunter ?


Je vois qu'elle a remis sa jupe. Elle se penche, met un doigt dans ma bouche, puis y enfonce délicatement le string. -Sommes nous prêts pour le dessert ?


Je hoche la tête, me met à quatre pattes, plein de vigueur.


C'est alors que j'aperçois le martinet de cuir noir dans sa main. -Ne bougez pas !


Je reste figé. Soudain attentif. Le cœur battant à tout rompre. Je le veux et en même temps, je m'y refuse. Je me sens tendre les fesses alors que je n'ai qu'une envie, la culbuter par terre, sur le sol de béton et de gravas.


Les lanières me caressent. Je ne la vois plus. Elle passe lentement le cuir sur mon corps, dessous, flatte ma chair tendue à l'extrême, puis revient sur les cuisses, plus haut, elle décrit de grandes arabesques. J'attend le premier coup libérateur. Elle hésite… elle n'aura pas le courage. Elle va se glisser sous moi. La douce caresse sur la pean fine déja toute gorgée, sa tête penchée que j'ai entrevue en me regardant le ventre, sa langue passée sur ses lèvres, tout ça m'en a donné la preuve.

Mais je sens le manche se présenter, s'insinuer. Je suis furieux. Je dois m'échapper. Pourtant, je donne un grand coup de rein vers l'arrière. Tenu fermement, le manche me transperce. Je viens alors sans retenue. Et m'écroule.


J'entends un mouvement… deux grandes ombres sur moi. Deux types qui viennent gicler sur mon visage.

A. et le grand parton sont là, rigolards. -Vieux, bienvenue au club !!!

Ils tapent dans leurs mains, trois petite punkettes arrivent en courant qui viennent me laver de la langue avec empressement. Nous passerons le reste de la journée à jouer avec elles.

Je suis plus à l'aise maintenant. Je suis du matin, elle aussi. Lorsqu'elle le veut, je suis toujours disponible. Comme les autres.

Oui. Dans cette boite. J'ai trouvé ma place.


B



jeudi 22 novembre 2007

Aller à Garonne

Aller à Garonne est une expression du Sud-Ouest. Autrefois, aujourd'hui peut-être encore, lorsque l'été était trop chaud, les familles d'Agen et d'ailleurs descendaient près de la rivière Garonne pour prendre un peu de fraîcheur. Cela évitait aux garçons de sauter du pont pour se rafraîchir… quoiqu'il paraît que mon grand-père, ses cousins le firent plus d'une fois ! La famille possédait une petite maison, pas un cabanon, une maisonnette de pierre de confort rustique et simple. Somme toute, très élégant.

Mais ce soir, envie de changer le sens de cette expression. Par défi.

Récit - Eté 39 - L'Europe gronde - L'Europe a chaud.

Deux cadets, deux frères, je suis l'aîné. Nous faisons nos classes dans la même ville de garnison. Après quelques mois en caserne, première permission en ville. Direction une maison, maison un peu particulière. Les dames qu'on y trouve ne sont pas toujours des professionnelles. Et les messieurs, souvent leur mari, leur amant. Qui apprécient qu'un cadet vienne suppléer à leurs défaillances. Nous avons payé la première fois, plus jamais après. Nous y avons croisé même le médecin militaire, il nous a donné quelques conseils et remèdes pour éviter les inconvénients et rester gaillard. Avec mon frère, on s'est bien marré. Des remèdes pour rester gaillard ? Nul besoin. Surtout pour ce genre de situation. A la fois très classique et ...

L'été venu, première permission en famille. Tous réunis à la maison au bord de la rivière Garonne. Les hommes en costumes de lin clair, pantalon à pince, veste et cravate. Canotier ou panama. Les femmes en robe de coton à longue corolle, taille bien prise. Chapeau de paille. Nous sommes l'un à côté de l'autre, bien. Heureux. Le calme avant la tempête.

Soudain une autre famille arrive. Un couple et une jeune femme. Elle est grande, aérienne. Elle vole de l'un à l'autre, embrasse, salue les plus âgés avec respect. Nous aperçoit. S'écrie : -Oliv' ! Pat ! Que je suis heureuse de vous revoir. Elle nous claque deux grands baisers sur les joues, puis s'enfuit vers d'autres.

Je suis blanc. De rage. Pat me file un grand coup de coude. -Tu l'as reconnue, la cousine ?

Je gronde. -Ce n'est pas une cousine. Oui, c'est B.


Bien sur que j'ai reconnu la gamine effrontée qui hante mes nuit depuis mes quinze ans. Fille d'un proche, elle ne nous est pas liée par le sang, mais nous avons été élevés tout comme. Sauf qu'à quinze, cette fille était une garce. Elle nous a fait faire toute sorte de choses, grimper aux arbres pour chercher un nid, crapahuter dans les ronces pour des framboises, construire une cabane de princesse dans les châtaigniers. Tout ça pour qu'elle nous montre sa culotte.

Finalement, elle nous l'a montrée le dernier jour. Une culotte ancienne, un peu particulière, peu en portaient encore. Elle l'avait trouvé parmi les affaires de sa mère. La culotte assez large, comme un petit short, était fendue. On a vu. Les lèvres roses, un léger duvet et au dessus le voile de la toison brune. Elle nous a obligé à embrasser puis s'est sauvée. On est resté comme des couillons.


En fin de journée, tous à l'eau. Maillots de bains de coton d'autrefois. Je vois B. Je ne vois que B. Le bas arrondi de ses fesses fermes découvert par le maillot. Et les lèvres soulignées par le tissus mouillé. La poitrine n'est pas lourde, contrairement aux femmes du temps, elle est dressée, émouvante.

L'après-midi s'éteint. Nous restons entre jeunes pour ranger. Finalement, il ne reste qu'elle, occupée à faire la vaisselle. Et nous deux, occupés à bricoler nos vélos. Étonnant pour une fille aussi racée. Elle est si simple. La voir ménagère me bouleverse. Et j'enrage de ma faiblesse.

Dans un pot, de grandes tiges d'ajonc, j'en saisi une. Je fais signe à Pat. -J'ai envie de donner une leçon à notre allumeuse. Tu m'aides ?

Pat est pire que moi et plus dangereux. Il est lent mais devient monstre lorsqu'il lâche prise. Il sourit. - Comme dans la chambre Rouge ?

- Non, la chambre Noire.

Je suis près d'elle. Un petit coup sec sur les fesses rondes.

Hey ! Elle me regarde étonnée, sourit quand même.

-Vous vous souvenez de la dernière fois où nous nous sommes vus ?
- Oui, au mariage de … (intriguée)
- non… l'été.

- Je crois que vous méritez une petite correction pour votre conduite impertinente.
- Vraiment ? C'est plutôt vous qui étiez très mal élevés !
- Mal élevés ? Assurément ! Tout autant que toi. Pat ! Notre impertinente est rétive. Veux-tu bien m'aider ?


Pat est un fou. Je le sais. Il n'a plus peur de demain. Il sait que ce sera l'enfer. Il a déjà saisi une pelote de grosse ficelle. Il ne lui faut que quelques minutes pour lier les poignets de la belle, la traîner vers la grande pièce, l'accrocher bras levés à une poutre devant la cheminée. Elle ne s'est pas débattue. N'a pas protesté. Elle me défie d'un regard hautain. Quand Pat veut l'embrasser, elle lui crache au visage. Il lève une main. Je l'arrête.

- Non, pas elle. Elle est différente.

Je me mets face à elle. Tu acceptes ?

- Jamais ! Fais ce que tu veux, jamais je n'accepterai, jamais je ne pleurerai !

Elle a dit vrai. L'ajonc ne l'a pas fait pleurer. Nos griffures, nos morsures, nos mains brusques sur sa robe en lambeaux. Nos sexes dans ses mains délicates, dans sa bouche rebelle. Son corps sur la table. Sa toison arrosée de vin de Cahors au fort tanin, transformée en fontaine. Mais elle était déjà fontaine. Et elle se tait.

Nos langues fouillant tout au fond d'elle. Pat se branlant et jutant sur sa gorge. Et léchant comme un chien.

Je buvais un alcool fort et ambré. Je ne pouvais rien. Je bandais mais je ne pouvais rien. J'ai essayé de la pénétrer. Elle a hurlé. -Je suis fiancée… Ai pitié !

La retourner, l'écarter encore. Pat qui lui tient la nuque et me regarde. Mauvais ange.

- Laisse là ! Elle ne partira pas. Il s'abat sur le sofa, ivre mort.

La sentir enfin faible, abandonnée. L'entendre soudain gémir doucement. Voir les larmes couler. Enfin. Passer un bras sous son ventre, l'attirer à moi. Présenter mon gland contre son cul. La sentir me serrer le bras. Ne pas me repousser. M'inviter. La pénétrer lentement. Longuement.


Bien plus que jamais, plus que dans la maison. Enfin, je suis homme. Je le sens. Et je viens en elle, au fond d'elle.

Après la guerre, après ... Pat disparu. Moi... Oh moi, peu importe... J'ai su son courage, son dévouement. J'ai envoyé quelques fleurs. Espérant. Elle m'a fait passer un petit mot. Merci. Vous m'avez aidée à avoir le courage d'oser affronter l'enfer.

******
Aujourd'hui, je suis un vieux parisien nostalgique et comblé. Récemment, j'ai appris que le tgv me transporterait à Agen en quelques heures. Envie de revoir la Garonne. Affréter un taxi pour me conduire à la maisonnette près du fleuve, abandonnée par mon fils, bien trop occupé, son mariage, ses affaires.


Le portail est ouvert, une voiture inconnue. Quel intrus ose ? La porte est grande ouverte, la maisonnette est vide, triste, elle a perdu son âme. J'entends des éclats de voix. -Pourquoi ne cèdes-tu donc jamais ? Je t'aime comme un fou. Tu me pousses à bout.


Dans le salon, un homme torse nu, sportif, de dos, cravache à la main. Je le reconnais immédiatement. G. Mon fils. Et une grande femme brune, robe de velours pourpre en lambeaux, le corps luisant offert et tendu, pendu à la solive. Ses seins larges me font monter les larmes aux yeux. Sa toison n'a pas disparu comme le veut la mode. Ainsi, elle est femme. On dirait qu'elle sort de la rivière, les cheveux, la robe trempés, une flaque d'eau autour d'elle.

Elle croise mon regard. Elle hurle de rage.

Je tourne les talons.

- Rattrapes le !!! Par pitié.

Mon fils est derrière moi. Père ? Père !! Attendez. Attendez. Pour elle.

J'attends dehors, assis sur une souche. Ils arrivent. Chacun la quarantaine élégante. Fiers tout deux. Il l'a enlacée, la soutient pour marcher.


Père, permettez-moi de vous présenter H. la fille de B. Vous souvenez vous de B. J'ai rencontré sa fille à son ent

-Oui ! Je me souviens de B. Je m'incline sur sa main. Juste l'effleurer de mes lèvres. A peine. Elle me serre un peu trop fort. Même regard trop fier. Même défi.

-Vas chercher la voiture. Je dois lui parler un moment. L'ordre est impératif. Il s'éloigne.

-J'ai su pour votre mère. Je n'ai pas pu venir. Votre mère, ici…
Je lui murmure quelques mots à l'oreille, la sent faiblir, l'entoure de mes bras.

- Laisse-toi aller. Tu es rebelle. Vous êtes faites du même marbre. Mais la faille est cachée. Si tu ne te laisses pas aller, tu te briseras.

G. revient. - Père, comment avez-vous fait ? Elle pleure enfin.

- Les mots, mon fils, les mots… sont plus forts que tout.

B


http://fr.youtube.com/watch?v=fwGHQ6WyQFU

A Garonne, Philippe Delerm, Nil, 2006