A-t-il eu un mot malheureux, a-t-elle mal interprété ? Ils se sont fait peur. Il a demandé à ce qu'elle vienne, immédiatement. Qu'elle prenne un avion dans l'heure. Elle a rétorqué qu'il n'avait même pas le courage de l'appeler pour s'excuser. Il ne voulait pas. Surtout ne pas ré-entendre sa voix... Encore, encore, encore. Et puis ...
[...]
Décris toi, en mots.
Allongée sur le lit. Confortablement. Impatiente. Regarder l'écran de biais. Plusieurs jours que j'attend. Et que je ne veux pas.
Je supplie mais j'espère qu'il ne cédera pas.
Encore prolonger.
Encore attendre.
Et puis la brèche, de part et d'autre.
Les liens qui cèdent. Perte du contrôle et pourtant, geste si volontaire. Pulsion pure, générée par la peur et le besoin.
Se décrire à haute voix pour lui donner à savoir, lui donner l'image.
Si difficile.
Montrer son cul ? Facile.
Ecrire la jouissance ? Facile.
Décrire la masturbation ? Facile. A froid.
En chaleur, décrire la paume qui presse, à sa demande.
Alors que le simple fait d'effleurer me rend incapable d'écrire. De décrire. Difficile.
Donner à entendre comment les doigts s'insèrent dans la moiteur suintante, fouillent la chair molle, cherchent et ne trouvent pas. Comment ils insistent.
Délier encore un lacet du corset qui enserre dans la tête les mots pour avouer.
Donner à entendre. Pour montrer.
Louve en chaleur, qui se doigte enfin, encouragée par la voix. Sans retenue, exposée, encore plus totalement que sous l'œil de la caméra, des voyeurs, des amants.
Louve qui supplie, qui réclame encore des mots, parce qu'elle sent la jouissance si proche et si inaccessible.
Perdre le contrôle.
Crier, feulement de louve, cri de femme. Voir blanc, l'espace d'un instant.
…
Récupérer le cellulaire qui a échappé lorsque la main, le corps sont devenus incontrôlables. Entendre encore la voix, très loin. Ne plus pouvoir répondre, bredouiller.
Egarée, abandonnée.
J'essaie... J'essaie de te décrire le moment où [...] Nous aurons déliés les liens qui nous empêchent d'être animal. Et si humains.
***
J'ai essayé de décrire l'amour, mais il y a tellement de possible. J'ai encore le vertige.
Il a répondu :
Tes soupirs hier m'ont rendu absolument planant dans ma voiture. et même en soirée. Lorsque je me suis couché, j'entendais encore ces murmures presque incompréhensibles, ces soupirs saccadés si ennivrants, ces petits cris sourds impulsivement accordés, sans retenues, sans prémiditation, sans jeu. Même pas besoin de me dire que tu jouais, je n'y croyais pas.
La sincérité recherchée enfin murmurrée.
Heureux? Absolument.
Bandé? Entièrement et complètement.
Accro? Totalement.
Souriant? Plus que jamais.
[...]
Ta voix, ton abandon. [...]
B
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jeudi 29 novembre 2007
Amours (suite...)
Publié par
Petite Fr@nçaise
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01:56
3
commentaires, Lis-moi du bout des doigts, lie-moi
Libellés : Fiche de lecture, Floue
lundi 19 novembre 2007
Amours
Tada dadada tada tadaliiiiin, tada tata tadaliiiiiiin.
Il y a quelques jours, j'ai été investie d'une mission impossible, allez dénicher dans une librairie scolaire bien connue du quartier latin un bouquin qui aurait dû être acheté depuis bien longtemps. Bref, je suis dans une file interminable pour aller régler l'achat. Je suppose que c'est une tactique car elle serpente entre les tables, je prends un petit opuscule de Bourdieu, De la domination masculine, un essai de Popper, un livre de conte pour enfant. Finalement, je tombe en arrêt devant le dernier Attali : Amours*.
Attali est l'un de mes écrivains préférés (j'ai bien dit, écrivain). De plus, la lecture de sa bio du banquier Warburg a eu une influence décisive sur mes choix professionnels. Donc, évidemment, je saisi l'objet. Propos surprenant, il parle de l'amour, des formes d'amours. J'achète.
La 4ème de couv. dit : Depuis plus de quatre milliards d'années, l'histoire de la vie suit une seule route, celle de sa propre pérennité… elle ne fait surgir qu'une seule valeur, l'amour. Ce livre est un voyage à travers cette histoire… on y découvre les incroyables formes que prennent les relations entre les hommes et les femmes, sexuelles et/ou sentimentales, instinctives et/ou réfléchies, sauvages et/ou ritualisées, contraintes et/ou volontaires, durables et/ou éphémères, hétéro- et/ou homosexuelles. … geishas japonaises, maître de l'érotisme indien et mariages de groupe du Congo, familles bourgeoises et trios bisexuels, machines de plaisir et chimères d'amour. Toutes et tous, dans leur extraordinaire diversité nourrissent la plus haute ambition humaine, la plus révolutionnaire : se dépasser pour attendre un idéal, celui de plaire à l'autre pour se plaire soi-même. Celui d'aimer pour être aimé.
Un brin racoleur. Le livre tient-il ses promesses ? Oui et non. Après avoir feuilleté l'ouvrage fort bien documenté, une phrase d'emblée me choque.
Il deviendra technologiquement de plus en plus facile de dissocier le désir, la sexualité, l'amour, la reproduction. On comprendra assez le fonctionnement du cerveau pour y faire naître des pulsions érotique… mettre au point des mécanismes de transmissions de pensées induisant des sentiments [???] involontaires. La sexualité pourra alors se dégager totalement du contact entre les corps pour n'être plus qu'un jeu de l'esprit parmi d'autre.
Sentiments ou sensations ? Un jeu de l'esprit parmi d'autres ??
Décidément, il n'a rien compris à l'amour, aux sentiments, au sexe, à la baise, voilà bien mon avis !
Pour être triviale, je ne crois pas qu'aucune machine, aucun électrode, ne pourra jamais remplacer, recréer le moment très précis, celui qui précède le climax, où un homme se voit, se sent venir sur ou dans sa (son) partenaire. Cet instant précis qui déclenche tout, avec ses milliers de combinaisons préalables, n'est pas reproductible. L'échange de regards, les frissons, les frottements de peau (ou pas), les odeurs…
Pour une femme, quelle machine reproduira ce premier tremblement d'une main inconnue ou familière qui ose, enfin ou encore, s'aventurer ? Comment provoquer l'abandon, juste après, lorsque de triomphante, la main devient en un instant, si douce ou si insistante ?
Combien d'informaticiens faudra-t-il rassembler pour écrire tous les algorithmes nécessaires ? Et combien de temps tiendront-ils avant de tous s'emmancher dans un gonzo frénétique ?
Pour rester dans le vulgaire, quel savant fou osera reproduire cette odeur de certains jours mauvais, cette odeur qui me rend si confuse, qui lui donne la nausée, mais qu'il surmonte parce que son désir est plus fort que son dégoût ?
Quid des bruits ? De toutes cette palette de sons, son des corps trempés de sueur, sons des voix, du sommier, froissement des draps, du cuir du canapé du salon, de cadre dans l'entrée qu'une étreinte soudaine, plaquant l'un et l'autre contre le mur, décroche brutalement. Et ceux du hall de gare, de la rue, des passants alentour lorsque l'on se cache dans un recoin ?
Les saveurs ? Encore artificielles ? Je ne crois pas qu'aucun laboratoire mettra une équipe sur le projet de recréer le goût si particulier de la première goutte si acre que le bout de ma langue vient recueillir sur son méat lorsque, après plusieurs jours d'absence, il est là sous mes doigts et qu'il m'avoue qu'il s'est abstenu juste pour me donner ça.
Et les sensations du lendemain ? Lorsqu'elle (il) a griffé si fort son dos, ses cuisses, par jeu ou par égarement, que s'appuyer sur le siège est à la fois brûlure et frisson ? Lorsque, même après une infinie douceur et lenteur… s'asseoir fait frémir ? Aurons nous alors encore à ressentir ce seul souvenir qui vous prend au ventre sans prévenir et vous donne le vertige ?
Pffft allez vous me dire, et surtout vous le niaiseux au fond de la classe, celui au verbe insolent, un bras levé et l'autre sous le pupitre, systématiquement lorsque je me retourne pour écrire la leçon au tableau, tout ça existe déjà, il y a des jouets imaginé pour depuis des millénaires, le téléphone, le net, les webcams. Les mots, les bruits, les regards, passent déjà par les ondes planétaires et les engins de plastiques ou autre à défaut d'être téléguidées, sont maniés par des mains consentantes. Qu'il suffit juste d'améliorer un peu la technique, le design… l'odorama, faire tourner quelques super-calculateurs, blablabla
Et que quelques mots bien écrits, quelques échanges virtuels sans autres liens que les mots, sont parfois plus puissants que quelques heures langoureuses.
Mais penser que demain, ou après-demain, un gars, une fille, ou n'importe quelles combinaisons, seul ou à plusieurs, pourront se satisfaire de baiser à des milliers de kilomètres de distances, l'un télécommandant l'autre, harnachées à des objets, des électrodes, couvert de latex robotisé, éventuellement qu'un spationaute terraformer pourra baiser son/sa partenaire depuis Mars, …moi à tout prendre, je préfère encore prendre un chien** !
Trop old school, faussement naïve, pas assez d'imagination ???
Qu'en pensez-vous ?
* Amours, Histoires des relations amoureuses entre les hommes et les femmes, Jacques Attali, Stéphane Bonvicini, Fayard, Paris, oct. 2007
** Merci Anne Archet !
Publié par
Petite Fr@nçaise
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10:04
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